dimanche 24 avril 2016

Nouveau site Internet pour le groupe !

Du changement pour le groupe anarchiste Salvador-Seguí. Notre site Internet – tout neuf – est désormais disponible ici : www.salvador-segui.org.

Plus rien ne sera publié à cette adresse-là. Adieu Blogspot, nous te quittons sans le moindre regret !

vendredi 15 avril 2016

Photos de l'action au McDo de gare de l'Est

Quelques photos de l'action, où nous étions, du Syndicat CGT McDonald's Paris-Île-de-France et de soutiens au McDonald's de la gare de l'Est, à Paris, jeudi 14 avril à 18 heures.




Les Mahorais montrent la voie !

Depuis le 30 mars dernier, l’île de Mayotte, juridiquement département français, située dans l’océan Indien au sein de l’archipel des Comores, est le théâtre d’une grève générale illimitée, qui réclame « l’égalité réelle » avec la métropole. Tandis que des barrages routiers commencent à voir le jour, les grèves illimitées dans le public et le privé et les manifestations se multiplient. Les habitants, bien qu’étant censés bénéficier des mêmes droits que ceux de l’Hexagone, sont visiblement considérés par le gouvernement en place comme autant de « sous-citoyens » dont ils peuvent piétiner les droits. Une inégalité de traitement qui s’ajoute à une situation économique et sociale désastreuse, où le chômage frappe fort : seuls trois Mahorais en âge de travailler sur dix ont un emploi. Face à cette misère sociale et aux attitudes colonialistes et racistes de la classe politique, les Mahorais et les Mahoraises revendiquent, entre autres, une application réelle du Code du travail et des accords de branches, un alignement des pensions minimum sur celles de l’Hexagone, mais aussi le retrait du projet de loi Travail.

Ce mouvement social, qui avait déjà commencé à émerger au mois d’octobre de l’année dernière, et qui avait déjà été réprimé dans la violence (la police ayant même fait usage de balles réelles contre des jeunes), avait dû s’arrêter devant l’instauration de l’état d’urgence. Tout bénéf pour le gouvernement ! Mais devant la reprise de la contestation, comme dans la métropole, la classe politique a décidé de jouer les gros bras, en envoyant des renforts aux forces de l’ordre en place et des véhicules blindés.

Malgré l’importance du mouvement social et l’ampleur des actions menées, les grands médias brillent par leur silence sur le sujet, préférant commenter les gesticulations politiciennes du ministre-banquier Macron lançant son propre mouvement politique.

Il est plus que jamais nécessaire de donner de la visibilité à ce mouvement, mais aussi de s’inspirer des actions menées par nos camarades de Mayotte, alors que le mouvement social contre le projet de loi Travail appelle une intensification de la mobilisation et la radicalisation de nos pratiques de lutte. Le Groupe anarchiste Salvador-Seguí tient à exprimer tout son soutien aux Mahorais et Mahoraises qui luttent pour la reconnaissance de leurs droits, contre le colonialisme, le racisme et pour le retrait du projet de loi Travail.

Groupe anarchiste Salvador-Seguí
Paris, le 15 avril 2016

dimanche 10 avril 2016

Retour sur la journée du 9 avril à Paris

Des photos du cortège anarchiste de la manif du 9 avril contre le projet de loi Travail. Le Groupe anarchiste Salvador-Seguí avait sorti ses beaux drapeaux rouge et noir pour l'occasion ! Chouette manif en tous cas, poursuivie le soir, en mode sauvage, pour aller dégager les grilles installées sous le métro aérien de Stalingrad censées empêcher les réfugiés de monter leurs campements. Déambulation nocturne ensuite pour aller chez Valls… bien sûr, on n'a pas réussi, mais c'était un bon moment. Même la nuit, les rues nous entendront gueuler !






jeudi 7 avril 2016

L’heure est à la radicalisation !

On en parle peu, mais, au-delà des atteintes graves à nos conditions de travail, le projet de loi Travail porté par le gouvernement vise aussi à casser la construction des rapports de force syndicaux dans les entreprises. La précarisation des statuts salariaux qu’il entend mettre en place hypothèque en effet les potentialités de lutte, car des salariés isolés, facilement licenciables, exposés à la délinquance patronale auront bien du mal à construire, au sein de l’entreprise, des modalités de résistance et d’action revendicative pour défendre leurs intérêts. À l’heure où les syndicalistes sont les cibles d’une répression sévère, c’est une mise hors jeu du syndicalisme qui se dessine, surtout si celui-ci peine, comme c’est le cas ces dernières années, à repenser ses interventions à l’aune des évolutions d’un monde du travail en pleine transformation (travail à domicile, temps partiels, contrats de travail multiples, auto-entrepreneuriat dévoyé, etc.).

Après plus de trois semaines de mobilisation des salariés, des étudiants et des lycéens, le gouvernement ne semble toujours pas décidé à retirer son projet de loi. La violence de la répression à l’œuvre depuis les premières manifestations confirme la détermination de nos dirigeants à faire taire la colère de la rue. C’est donc l’heure, désormais, de radicaliser nos pratiques de lutte, au travail comme dans les rues. Construire des grèves reconductibles soutenues par des caisses de grève solides, recourir à des actions coups-de-poing contre les moyens de production et de service, multiplier les initiatives de blocage des axes de transport sont autant de moyens à notre disposition pour acculer le gouvernement. Les stratégies des directions syndicales, qui espacent de plus en plus les journées d’action, n’augurent rien de bon, et pourraient même rapidement sonner la fin du mouvement social qui émerge. À nous, travailleurs et travailleuses syndicalistes, de pousser, par nos actes, les bureaucrates à maintenir la pression du monde du travail.

Le groupe anarchiste Salvador-Seguí, dont la plupart des membres sont déjà investis dans le combat syndicaliste, soutiendra, dans la mesure de ses capacités, toutes les initiatives de grève reconductible et de blocages qui seront portées à sa connaissance.

Groupe anarchiste Salvador-Seguí
Paris, le 7 avril 2016

mardi 29 mars 2016

Présentation de la revue Ruptures

Les groupes animateurs de la revue Ruptures vous invitent à les rencontrer à la librairie du Monde libertaire (Publico) ce mercredi 30 mars à 19 heures, pour échanger, partager et discuter des suites de cette nouvelle initiative.

Nous sommes un certain nombre à considérer que quelque chose doit changer dans notre milieu. Nous sommes actuellement incapables de réagir correctement face à une situation historique qui nous accable toujours plus. Nos groupes, collectifs ou organisations ne sont pas à même, seuls, de résoudre le problème.

Nous payons les frais de la décadence de notre mouvement au sein duquel nous analysons trois faiblesses principales qui s’articulent et s’alimentent :

– Notre mouvement est extrêmement divisé. Les raisons de ces divisions sont peut-être réelles et importantes, nous ne le nions pas, néanmoins être persuadé d’avoir raison face au groupuscule d’en face ne change pas grand-chose dans le rapport de force avec l’État et le capital.

– Notre mouvement est faible théoriquement. Nos productions sont rarement originales et se contentent le plus souvent de reprendre de vieilles idées, sans chercher à les confronter entre nous en bonne intelligence. Ceci nous empêche d’expérimenter de nouvelles façon d’agir, car nous sommes actuellement incapables de les inventer. Une incapacité creusée par la déconnexion profonde des théories que nous développons avec l’actualité sociale et politique, alors même que la force de l’anarchisme fut d’être une pensée née de l’action des masses.

– Notre mouvement est faible numériquement. Comme pour l’œuf et la poule, il est difficile de savoir ce qui en est à l’origine. Notre division est en soi un repoussoir et notre manque de perspectives l’entretient. Le fait est que nous sommes incapables de rassembler les gens que nous aimerions voir à nos cotés.

Nous avons besoin de sang neuf, de nouveaux alliés et de se serrer les coudes entre camarades.

Pour résoudre la division, une partie de notre proposition est entre vos mains. Avec ce journal, nous cherchons à proposer quelque chose de nouveau et à faire renaître la voix d’un anarchisme social et révolutionnaire. Un anarchisme qui cherche ses alliés et militants au sein du prolétariat et non dans les grandes écoles. Un anarchisme qui ne cherche pas à invisibiliser les questions de race et de genre. Un anarchisme qui rejette les positions folkloriques et cherche à retrouver sa place dans le mouvement social, en s’implantant dans nos lieux de vie et de travail, loin des partis politiques et de leurs logiques démobilisatrices.

Pour répondre à la faiblesse théorique, nous faisons aussi appel à vous, à travers cet outil. Nous invitons les anarchistes, antiautoritaires et sympathisants libertaires qui se reconnaissent dans nos positions politiques minimales à nous contacter, à nous proposer des articles, à diffuser ce nouvel outil, ou à le critiquer. Nous croyons que c’est encore la meilleure façon de voir émerger des propositions nouvelles, des formes d’organisation inédites et des manières de lutter plus efficaces.

Nous sommes prêts à faire le pari que si nous réussissons à nous rassembler et à échanger, ne serait-ce qu’un peu, de nouvelles idées surgiront, nous décuplerons nos moyens d’action, et, partant, nous réussirons peut-être à intéresser de nouvelles personnes, initiant par là un cercle vertueux qui rendra à l’anarchisme sa place naturelle d’outil d’émancipation contre toutes les oppressions.

Amicalement.

Les groupes Regard noir et Salvador-Seguí
contact@ruptures.info

dimanche 27 mars 2016

La pétition est une forme d’action directe comme une autre

Les militants libertaires ont bien souvent en mémoire des séquences de La dialectique peut-elle casser des briques ?, premier film détourné de l’histoire du cinéma, qui transforme les dialogues d’un vieux film d’art martiaux pour faire une propagande situationniste (mouvement politique d’inspiration marxiste, anarchiste et surréaliste… pour faire simple). Pour celles et ceux qui ne l’ont pas vu, ce qui n’est pas une grande perte rassurez-vous, c’est un film de gauchistes en langage de gauchistes à destination d’autres gauchistes. Parmi ces séquences mémorables, on se souvient de cet homme avec des papiers à la main qui rencontre un groupe d'hommes qui le poussent à terre sur le côté. La speakerine commente alors un truc du genre : « Militant allant remettre des pétitions au gouvernement. » Le sous-entendu est clair et simple : la pétition ne sert à rien. Ce détournement assez drôle résonne encore chez beaucoup de militants. Combien de personnes de nos milieux n’ont-ils pas entendu ou pensé que « les pétitions ne servent à rien ». Je ne saurais dire si cela date de cette époque. Mais c’est, en tout cas, cette référence qui résonne, voire raisonne, dans notre imaginaire collectif. Beaucoup considèrent la pétition comme sans intérêt, incapable d'influer sur les rapports de force. Pourtant, nous vivons aujourd’hui un mouvement social qui s’est appuyé sur une grande mobilisation pétitionnaire. Il s’est propagé comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Les militants de tous bords l’ont reprise. Leurs sympathisants et les gens moins politisés aussi. Difficile aujourd'hui encore d'en mesurer l'impact réel.

Depuis l'arrivée du président Hollande, nous avons eu droit à tout un festival de mesures antisociales et pro-patronat : CICE, ANI de 2013, pacte de responsabilité, etc. Les instances confédérales de la CGT avaient pourtant fourni un intense travail, contre l'ANI notamment, appuyé par des bases syndicales assez peu enclines à se laisser faire. La mobilisation fut honorable. Des centaines de milliers de personnes se mirent en grève et manifestèrent. Ce fut pourtant insuffisant. La fameuse « bataille de l'opinion » analysée par les journalistes et sondeurs ne fut même pas remportée face à un président avec encore un peu de grâce et un patronat ultra-mobilisé.

Une constatation s'impose donc. La bataille de l'opinion est d'ores et déjà perdue d'avance pour le gouvernement pour faire passer sa loi Travail. Il faut dire qu'il y a déjà bien longtemps que le gouvernement a perdu sa légitimité. Le ras-le-bol est général. Mais, sur la forme, c'est la fameuse pétition aux centaines de milliers puis au million de signatures qui a permis l'expression du mécontentement.

« Mais tu crois vraiment que les patrons et le gouvernement plieront face à une simple pétition? » répond le petit gauchiste. Sans aucun doute, non. Pourtant, sous-estimer la capacité mobilisatrice des pétitions semble une grave erreur tactique. Un patron comme un gouvernement ont besoin d'un minimum d'entrave pour leurs profits. La première des entraves, la première action directe, c'est la manifestation du mécontentement, même individuel. 

Dans Les Syndicats ouvriers et la révolution sociale, Pierre Besnard écrivait : « L’ouvrier qui discute avec son patron, soit pour conserver des avantages acquis, soit pour faire triom­pher des revendications nouvelles, fait un acte d’action directe. Il se place, en effet, seul, directement en face de son employeur sans recourir à des concours étran­gers au conflit social: parlementaires, arbitres, etc. Qu’il obtienne ou non satisfaction, que le patron reconnaisse de bonne foi le bien-fondé des desiderata qui lui sont soumis et accorde satisfaction ou qu’il les rejette, il y a toujours action directe. Que le patron cède par impuissance momentanée ou par calcul — ce qui est fréquent — ou bien qu’il résiste, parce qu’il se croit assez fort pour braver la force collective qu’il sent derrière l’ouvrier qui réclame et discute, il y a, de la part de l’individu qui mène la lutte sur ce terrain, action directe. Que la discussion reste courtoise, qu’elle dégénère en dispute et même en rixe, l’action de l’ouvrier reste, dans tous les cas, une manifestation d’action directe. C’est la discussion de classe. » 

La pétition est simplement une expression collective et directe du mécontentement, des revendications. Mieux encore, elle est l'expression de la concertation des exploités et dominés. Elle en est même le lieu en certains cas. Il est souvent difficile, notamment en entreprise, de parler de revendications avec les collègues sans qu'un chefaillon ramène sa fraise. Elle pose ainsi la base du mouvement social potentiel à venir.

De plus, nous vivons dans un pays qui se veut, se vend et se promeut comme démocratique. Ce qui présuppose donc le pouvoir au peuple ou une majorité de celui-ci. C'est sur cette base qu'on enseigne à tous les élèves du pays la morale et la légitimité des institutions du système : État, entreprise... Qu'on le veuille ou non, l'approuve ou non, l'estime fondée, insuffisante, trop importante ou non, c'est un enseignement connu de tous. Il en découle une certaine idée de dialogue social, toujours et notamment dans l'entreprise, mais aussi dans toute la société. Il s'agit aussi, bien sûr, et bien souvent de délégitimer l'action directe, mais la réalité des processus sociologiques et plus particulièrement de l'intériorisation des normes et valeurs des individus nous oblige à constater qu'on ne saurait cantonner les principes du dialogue social seulement à cela. C'est même justement parce que ces principes mêmes ont été complètement bafoués, aussi bien dans le cadre de la négociation avec les instances confédérales syndicales que dans les espérances générées par les discours du candidat Hollande, que le mouvement social actuel trouve appui dans son action.

Donc non, la pétition ne sert pas à rien. Sans doute les différents milieux gauchistes souffrent-ils encore de politique de surenchère d'action stratégique à mener. C'est peut-être une forme basique et nécessaire de militantisme à adopter dans notre pays. C'est une méthode clairement insuffisante pour peser dans les rapports de force. Oui, indiscutablement. C'est, en revanche, un outil très utile pour les créer.

Mieux encore, dans le cadre de la juridiction française, elle constitue un appui important pour juger de la pertinence d'une action syndicale dans une entreprise pour prouver l'entrave et l'absence de « dialogue social » d'une direction. Les représentants du personnel dans l'entreprise sont si souvent des jaunes élus avec l'appui du personnel de direction ou des individus qui profitent de leurs heures de délégation pour se payer des heures supplémentaires ou du temps libre que la pétition constitue un réel moyen susceptible de fonder juridiquement l'action syndicale des sections, ses militants et ses représentants. Pour l'anecdote, c'était un des éléments à charge contre le directeur du McDonald's de Passy en soutien à Benoît, militant de section CGT et gréviste avéré. Elle prouvait ainsi la concertation des salariés et le caractère syndical de son action indispensable pour prouver la discrimination d'un syndicaliste ou d'un gréviste.

Pour finir, laissons Pierre Besnard terminer son propos sur l'ouvrier discutant avec son patron. « Ce que l’ouvrier ne doit pas perdre de vue dans cette discussion, c’est son devoir de classe. Il ne doit jamais céder de terrain à l’adversaire. Il ne doit con­quérir des avantages qu’en conservant sa dignité d’homme. Il ne doit, à aucun prix, vendre sa cons­cience, ni ses connaissances professionnelles, même s’il est miséreux, en acceptant de recevoir en échange de sa trahison : un poste de commandement ou de maî­trise, un salaire occulte supérieur à celui de ses cama­rades, etc. Composer avec le patron, recevoir de lui des sa­tisfactions personnelles refusées aux autres, c’est com­mettre un acte de trahison vis-à-vis de ses frères de mi­sère et de travail. Si on ne se sent pas capable de ré­sister aux propositions mielleuses du patron, il vaut mieux se taire que de se faire l’instrument, même in­conscient, de l’asservissement des camarades. L’ouvrier qui se charge de revendiquer ses droits et ceux de ses camarades doit avoir un profond senti­ment de ses devoirs de classe. S’il les ignore il doit les apprendre avant d’agir. »

Nathan
Groupe anarchiste Salvador-Seguí